4 Déc, 2021

Quand le médiéval s’invite dans la culture pop

Le confinement que l’on a vécu l’année passée a été source d’inspiration pour de nombreux artistes. C’est le cas pour le fameux Simon de Thuillières qui nous a régalé des ces enluminures, détournements humoristiques de la culture de l’imaginaire. Des enluminures que vous pouvez retrouver dans un codex qui a fait l’objet d’un financement participatif (plus de 4600 contributeurs). En ce mois d’Octobre, qui est consacré depuis quelques années maintenant, à cette culture, il était normal de vouloir en savoir plus sur cet artiste et son travail.

Pour faire un peu connaissance, pouvez-vous vous présenter Simon de Thuillères, enlumineur ?

C’est lors la première vague de pestilence couronnée que les premières oeuvres de messire de Thuillières on fait leur apparition sur les in terres nettes. Comme pour beaucoup de personnes qui ont eu un sursaut de créativité, l’ennui provoqué par la séquestration est sans doute à l’origine des premières créations. 

Simon De Thuillières est un enlumineur qui retranscrit des éléments de culture populaire en utilisant (plus ou moins) strictement des codes graphiques et symboliques du moyen-âge. Il s’agit d’un processus « miroir » par rapport à ce que le cinéma ou les médias modernes peuvent faire. En effet, le cinéma déforme l’esthétique historique du passé pour la travestir une idée (fausse et préconçue) que l’on se fait de ses époques. Ainsi, on se retrouve avec un moyen-âge crasseux, pluvieux et terne, alors que l’étude des enluminures et des inventaires fait apparaitre que les vêtements étaient colorés, que les l’hygiène  était très courante et souhaitée. 

Les premières publications ont été clairement dédiées à la culture pop et geek, quel est votre rapport avec cette culture ?

J’ai toujours baigné dans la culture pop, par le biais de la télévision, puis des cassettes vidéo, j’ai pu me constituer une solide culture de fond, étant plus jeune, mon appétit pour les mondes de fiction était immense, j’étais avide et curieux de tout.

Bien sûr, je n’ai jamais eu l’impression qu’il s’agissait de culture, car ce qui émanait des œuvres populaires m’a toujours plu et m’a imprégné immédiatement. Lorsque j’étais enfant, la notion de culture « classique » était pour moi synonyme de lourdeur et d’ennui, je pense que c’était parce qu’elle était présentée comme une contrainte, par des gens peu motivés. mais avec le temps, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes passionnées qui m’ont éclairé sur l’immense richesse de la culture « classique », selon moi il est tout à fait possible d’apprécier les deux, car elles se complètent et se répondent.

Quand à la culture GEEK, ce terme n’existait même pas lorsque j’étais enfant, ou ado. J’ai eu la chance d’appartenir à une génération qui à découvert avec émerveillement les premières consoles de jeux vidéo, les premiers ordinateurs « personnels », la naissance d’internet. Dans ce cas de figure, ce fut aussi une imprégnation en douceur.

Est-ce que malgré votre passion pour l’époque médiéval, vous avez quand même était obligé de faire quelques recherches pour votre travail (autour des codes, de la langue) pour essayer de coller le plus près possible à cette époque ?

Oui en effet, j’ai eu à faire des petites recherches d’approfondissement, notamment  iconographiques pour améliorer mon dessin. Les enluminures ont leur propre force et logique esthétique, qui ne correspond pas à nos valeurs modernes.

Dans l’ensemble, je me repose beaucoup sur mes acquis « scolaires » et sur ma culture de fond autour de cette période. Notez quand même que les textes et tournures de phrases ne sont que des évocations du vieux Français, car pour un lecteur contemporain, le vieux Français est quasiment une langue étrangère tant elle à évolué jusqu’à nous. Pour ce qui est produit littérairement par moi-même les géniaux membres de la communauté il s’agit de « Vétuste François », donc une version lisible et compréhensible, évoquant le vieux Français.

Pour les possesseurs du divin Codex, sachez qu’il existe dans un but pédagogique un bref lexique composé d’authentiques mots « moyenageux » à la fin du livre permettant de mieux déchiffrer les textes et aussi de pouvoir en composer par soi-même. De même, deux articles rédigés par Adeline Duperray, chercheuse en littérature médiévale à l’Université d’Aix-Marseille, permettent de mieux comprendre les caractéristiques de la langue française, ainsi que la place et la valeur symbolique des livres à cette époque.

Dès les premières publications, il y a eu un véritable engouement, au point que les gens se sont mis à rivaliser d’ingéniosité dans les commentaires. Peut-on imaginer que cela à été source de motivation pour continuer ? Et comment avez-vous accueilli cet engouement ?

Les commentaires des membres de la communauté sont de véritables bijoux d’intelligence et de créativité, j’incite toute personne qui connait un peu mon univers à aller lire les commentaires sur les réseaux sociaux! C’est souvent très drôle, voire hilarant, certains commentaires étant tellement bons et supérieurs à ce que j’ai pu produire, je les ai réintégrés pour améliorer certains images, d’autres m’ont directement inspiré des enluminures.  Je suis fier et heureux d’avoir une communauté, qui en plus de son intelligence à su conserver un état d’esprit extrêmement bienveillant et courtois. Il s’agit d’un aspect inattendu et rare sur les réseaux sociaux.

Peut-on en savoir un peu plus sur votre façon de travailler ? Crayon ou informatique (ou les 2), le choix du thème, des personnages, la manière de le traiter ?

Après avoir fait des prises de notes sur un cahier à spirale, Je travaille quasi exclusivement sur tablette Wacom des croquis à la finalisation (je dessine sur un écran avec un stylet magnétique).

J’utilise un logiciel « libre » et gratuit qui s’appelle Krita et qui est super performant. (https://krita.org/fr/) je le recommande chaleureusement à quiconque veux dessiner à l’ordi comme un pro mais sans ruiner (pas merci photoshop…)

Pourquoi passer par un financement participatif ? Est-ce que cela permet un plus grand contrôle sur ce que l’on veut proposer aux lecteurs ?

Le financement Participatif à été d’abord une expérience qui à permis de rester plus proche de la communauté, tout en permettant de mieux maitriser tous les aspects du livre, grande liberté sur le nombre de pages, la qualité plastique et le contenu de l’ouvrage. Sans parler des très nombreux cadeaux, les goodies, ou « bonifications » offertes à toutes les personnes ayant soutenu le projet.

Films, séries, dessin-animés, jeux vidéos, littérature, manga… les références sont nombreuses, est-ce qu’on peut facilement imaginer un second volume ?

N’aimant pas la routine, un autre projet, plus léger et légèrement différent, toujours dans l’univers Simon De Thuillières est déjà en préparation. Il fera aussi sans doute l’objet d’une campagne de financement participatif, ce qui permettra, si cela fonctionne, de continuer à couvrir de « bonifications » les membres de la communauté qui participent à l’aventure.

« Le Codex de Simon de Thuillières » de 1,4 kg, vous propose près de 140 enluminures détournées sur 12 chapitres différents. Le travail est juste admirable et à vous d’essayer de trouver de quel univers l’illustration est tirée. L’auteur c’est prêté au jeu du langage d’époque et d’avoir ajouté les commentaires des fans de la page est juste un pur délice !

Préfacé par Benjamin Brillaud (Nota Bene) et Marcus (Game One). Un superbe ouvrage pour le prix de 30€.

C’est ici que cela se passe : https://simondethuillieres.com/ ou dans votre librairie préférée en ce mois d’Octobre.

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Spécialité(s) :

Jeux de société, JDR, littérature, comics

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