27 Jan, 2022

Michael Gandolfini : Tony Soprano de père en fils

On l’a découvert dans The Deuce, la série de James Franco sur le milieu de la prostitution et du X à New York dans les années 70 / 80, puis dans Cherry, le film des frères Russo dédié à un médecin militaire atteint de troubles post-traumatiques. Michael Gandolfini rend un bouleversant hommage à son père James (disparu prématurément en 2013), en jouant à son tour Tony Soprano dans The Many Saints of Newark, excellente préquelle sur grand écran de la meilleure série de gangsters jamais produite.

GeekMagazine : Quand avez-vous pris conscience que vous vouliez devenir acteur ?

Michael Gandolfini : Plusieurs années après le décès de mon père, j’ai eu envie de suivre des cours d’art dramatique. La veille du premier cours j’ai pris peur et ma mère m’a forcé à y aller. Je l’en remercie, car j’ai adoré observer le travail des élèves, les indications du professeur, tout ce qu’ils parvenaient à créer ensemble sur la scène. J’ai suivi ces cours, joué dans des pièces de théâtre, et cette passion est toujours aussi intense !

GM : Quand avez-vous pris conscience que vous vouliez devenir acteur ?

MG : Plusieurs années après le décès de mon père, j’ai eu envie de suivre des cours d’art dramatique. La veille du premier cours j’ai pris peur et ma mère m’a forcé à y aller. Je l’en remercie, car j’ai adoré observer le travail des élèves, les indications du professeur, tout ce qu’ils parvenaient à créer ensemble sur la scène. J’ai suivi ces cours, joué dans des pièces de théâtre, et cette passion est toujours aussi intense !

GM : Rendiez-vous visite à votre père sur le tournage des Soprano ?

MG : Oui. Il voulait que je vive une enfance « semi-normale » avec lui, car j’étais petit à l’époque : je suis né en 1999, au début de la série. Ma mère m’amenait sur le tournage, et je restais dans la grande caravane réservée à mon père, près des plateaux. Comme mes parents ne voulaient pas que j’assiste à des scènes violentes ni que j’entende les dialogues truffés de jurons, la plupart de mes souvenirs concernent ces moments passés ensemble dans la caravane. J’avais un grand tiroir rempli de jouets pour m’amuser quand papa n’était pas là, sous la surveillance de ma nounou. Il revenait me voir dès qu’il faisait une pause. Et l’après-midi, on me laissait faire la sieste sur le lit du décor de la chambre à coucher des Soprano ! (rires)

GM : En 2015, vous avez écrit et joué dans Flower, court-métrage de SF consacré à un vagabond tentant de survivre après l’apocalypse…

MG : Je l’avais conçu pour l’envoyer à l’université de NYU, avec mon dossier de candidature. Pendant la période du confinement, j’ai écrit et réalisé un autre court-métrage intitulé Bump. Jon Bernthal a joué dedans et m’a donné de précieux conseils. Je ne sais pas encore si je le présenterai sur une plateforme du web, ou s’il restera une étape d’apprentissage que je ne montrerai qu’à des potes, mais mon objectif principal est de continuer à apprendre le métier de comédien.

GM : Qu’avez-vous ressenti quand David Chase vous a proposé de jouer dans la préquelle des Soprano ?

MG : Un immense soulagement, car j’avais passé des auditions pendant trois mois ! N’ayant pas reçu de nouvelles, je croyais que c’était fichu…Après son appel, j’ai été rassuré. Puis submergé par l’angoisse de ne pas réussir à jouer ce rôle… J’ai fait confiance à David parce qu’il avait vu un potentiel en moi, et j’ai saisi cette chance de travailler avec de grands acteurs et des créateurs aussi talentueux que lui et Alan Taylor, notre réalisateur. A force de me concentrer sur ce que je devais faire, j’ai surmonté mon trac.

GM : Comment vous êtes-vous préparé à incarner le jeune Tony Soprano ? Vous étiez trop jeune pour voir la série quand elle a débuté, et plus tard, après la disparition de votre père, la regarder devait être trop douloureux…

MG : Pour les raisons que vous évoquez, je ne l’avais pas vue avant de décrocher le rôle. J’ai regardé la première saison pendant la préparation du tournage, et en suivant les autres épisodes, j’ai dessiné l’arbre généalogique des Soprano, et l’organigramme hiérarchique de la mafia, pour mémoriser les liens familiaux et professionnels de tous les personnages. Après, je me suis promené à Newark avec Alessandro Nivola, qui incarne mon oncle dans le film, pour connaître l’ambiance des lieux. De retour à Los Angeles, j’ai fait un peu de boxe avec Jon Bernthal, et Alessandro et moi avons dîné avec des gens qui connaissaient des personnes associées avec la mafia. Alessandro, Jon et moi avons lu aussi le livre From the Sins of my Father, écrit par Albert DeMeo, fils du gangster Ron DeMeo. Il raconte ce qu’il a vécu en prenant conscience que son père, très affectueux et gentil à la maison, menait une double vie, et était l’un des chefs de gangs de la mafia, et le commanditaire de centaines d’assassinats. Tout cela m’a aidé à trouver la manière d’interpréter le jeune Tony Soprano.

GM : Comment David Chase vous a-t-il décrit sa vision du jeune Tony ?

MG : Le processus créatif de David consiste plutôt à poser des questions aux acteurs, et à les écouter. En discutant de Tony, il était évident que nous n’avions pas envie de le décrire armes en main, agissant déjà comme un gangster, mais plutôt de présenter un jeune Tony un peu geek, curieux, doux et gentil, qui imagine son futur en dehors de la mafia. Il change d’avis parce qu’il pense que c’est cool d’être un gangster dans cette sorte de famille que la mafia prétend être. Il est attiré par le code de loyauté, le soutien mutuel, l’esprit de communauté, toutes ces choses absentes de ses rapports avec ses parents. Comme son père ne lui dit jamais qu’il est fier de ses bons résultats scolaires, Tony croit qu’il ne serait satisfait que s’il devenait gangster lui aussi. Voilà comment il dérape dans cette direction, presque malgré lui.

GM : J’ignore si votre père injectait des aspects de sa personnalité dans son interprétation de Tony Soprano, mais avez-vous utilisé certaines de vos émotions en jouant ce rôle ?

MG : Absolument. Le parallèle frappant entre la vraie vie et ce que je jouais, c’est que j’avais envie que mon père soit fier de moi, tout comme le jeune Tony cherche constamment l’approbation de son géniteur. J’ai eu un déclic en me rendant compte de cela, et j’ai utilisé ces sentiments en jouant. J’espère avoir fait du bon boulot pour honorer la mémoire de papa.

Propos recueillis par Pascal Pinteau pour Geek Magazine 

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