27 Jan, 2022

Citrouilles grimaçantes dans le jardin et costumes cheap en rayon dans les magasins, pas de doute : Halloween approche. Nombreux sont ceux qui en guise de célébration vont visionner leurs films d’horreur préférés pour une soirée pleine de frissons. Et si à l’occasion de cette fête si particulière, nous revenions sur l’histoire des teen horror movies ?

Pascal Françaix, romancier et essayiste spécialisé dans le cinéma, fait remonter dans son ouvrage Teen Horror au milieu des années 1950 l’avènement des productions désignées sous le nom de teen movies. Derrière ce terme, on englobe les films visant à appâter un public adolescent

En effet, au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, on accorde une attention toute particulière à cette jeunesse que l’on considère alors comme une catégorie distincte de la population : ce sont les teenagers.

Aux Etats-Unis, ces-derniers bénéficient d’un contexte économique favorable qui permet à la jeunesse américaine d’avoir davantage d’argent de poche et donc de multiplier leur accès aux loisirs. Une cible de choix pour l’industrie hollywoodienne qui va peu à peu abandonner l’idée selon laquelle le cinéma devrait être multigénérationnel, nous explique Thomas Doherty dans son essai, Teenagers and Teenpics, The Juvenilization of American Movies in the 1950’s. Si Hollywood avait déjà fait la part belle aux jeunes dans ses films, ces-derniers étaient mis en scène dans des films dits tout public et non dans des médias de niche. 

LA MONSTRUOSITÉ ADOLESCENTE

Les teen movies et plus particulièrement les teen horror movies vont permettre de cristalliser les craintes qui entourent la jeunesse américaine que l’on commence à désigner sous le mot teenagers, cette catégorie de citoyens à la position ambigüe dans la société : “entre enfance et âge adulte, dépendance et autonomie, chasteté et sexualité active – un état transitionnel classiquement assimilé à une crise identitaire”, nous explique Pascal Françaix. 

Embrassant à pleine bouche la science-fiction et le fantastique, le film d’horreur propose rapidement des scénarios dont les thèmes et la lecture souterraine parlent aux adolescents. Ainsi, les changements corporels et l’aliénation mis en scène à travers des figures monstrueuses telles que le loup-garou vont marquer le premier cycle de la teen horror

En effet, dès 1957, le film I was a teenage werewolf met en scène un adolescent colérique et un peu paumé qui est victime des folles expérimentations d’un médecin malveillant. Dans ce premier cycle de films, on va retrouver ce même pattern de la figure adulte malfaisante envers des adolescents fragilisés. A noter que cette vision néfaste de l’adulte va être bien souvent teintée d’homophobie, surtout dans les films produits par Herman Cohen qui vont représenter ces adultes en tant que couple de même sexe, à l’esthétique parfois queer et échangeant des dialogues à double sens les plaçant en véritable prédateur sexuels. Ainsi, dans Blood of Dracula, on met en scène un lesbianisme entre une professeure de chimie et sa jeune élève qu’elle métamorphose en vampire

Les années 50 et 60 voient fleurir les teenage horror movies dont les mêmes thèmes sont déclinés à souhait : Teenage Monster (1957), Teenage Zombies (1957), Teenage Caveman (1958) ou encore Teenagers from Outer Space (1959), signe que la contre-culture adolescente est alors devenue un phénomène médiatique incontournable.


UNE NOUVELLE REPRÉSENTATION DES ADOS

Si bien évidemment, les années 70 sont marquées par des succès planétaires tels que l’Exorciste ou encore Les Dents de La Mer qui viennent couronner le genre horrifique en tant que force économique, selon Pascal Françaix, il s’agit d’une période plutôt creuse pour le teen movie en général. 

C’est l’actualisation des beach movies qui vont davantage mettre l’accent sur les préoccupations sexuelles des adolescents et le passage à l’âge adulte dans les années 80 qui va redonner un souffle aux teen movies. La teen horror va de son côté s’enrichir en proposant des situations plus complexes et des choix plus moraux aux adolescents : Carrie (1976), adapté du roman de Stephen King, met ainsi en scène une jeune fille dont le quotidien est véritablement ancré dans l’adolescence. L’univers du film nous donne à voir le monde le plus cruel qu’il soit : l’école.  Le film mêle harcèlement scolaire, éveil à la sexualité et critique du fanatisme religieux.

Le teen slasher prend lui aussi son essor et met en scène des groupes d’ados dont les archétypes sont aisément identifiables qu’il s’agisse du sportif ou du nerd, tout en présentant une certaine dichotomie féminine symbolisée par la jeune fille aux mœurs considérées comme légères et la vierge.

La production de slashers explose entre 1980 et 1982 : on compte pas moins de quinze sorties de films de ce genre aux Etats-Unis. Une production qui attire l’attention des critiques et essayistes tels que  Carol J. Clover qui analyse ce cinéma dans son célèbre essai Her Body, Himself, paru en 1987. C’est dans cet essai que naît le concept populaire de Final Girl, figure de la femme survivante et triomphante du tueur/monstre qui vient symboliser l’entrée dans le monde adulte et la luttre contre le patriarcat. Aujourd’hui nuancée par de nombreux théoriciens, l’intérêt porté par cette analyse à l’époque témoigne de l’importance nouvelle de la teen horror dans la culture populaire. De nombreux essais tout à fait passionnants sont publiés ces-dernières années afin d’analyser cette production filmique au prisme du genre.


QUEL EST TON FILM D’HORREUR PRÉFÉRÉ ?

“Quel est ton film d’horreur préféré ?”. Cette réplique devenue culte, vous l’aurez reconnue, elle nous vient du film Scream qui vient marquer le renouveau des films d’horreur au milieu des années 1990. Satirique et jouant avec les codes du genre de manière très métafilmique, Scream ouvre la voie à de nombreux slashers du type Souviens-toi l’été dernier et renforce l’intérêt de l’industrie hollywoodienne pour les adolescents avec des productions du type Destination Finale

Ces films vont avoir pour intérêt d’exprimer les craintes adolescentes (et non pas la crainte des adolescents représentés en tant que monstres comme c’était le cas au début des teen horror movies). La peur d’être différent, la peur de la sexualité, la peur des responsabilités, la peur du futur.


LA CYBER HORROR

L’avènement du numérique a bouleversé notre société et a donné lieu à une jeunesse hyper connectée dont les pratiques sociales et culturelles sont inédites, “les valeurs et les attitudes de ces jeunes sont nécessairement influencées par ce nouvel espace-temps caractérisé par l’instantanéité, la virtualité, l’intemporalité, la délocalisation et l’omniprésence”, écrit Jacob Réal dans Génération Internet. Les enjeux sont forts autour de l’autoreprésentation, notamment à travers les réseaux sociaux : rien d’étonnant à ce que les teen horror movies se soient emparés de telles problématiques et donnent lieu à un nouveau courant, celui de la cyber horror.

Parmi les teen horror movies mettant en scène ces thèmes, on peut citer Unfriended (2014) qui a été tourné entièrement à travers un écran d’ordinateur et qui traite du cyberharcèlement -malheureusement si ce film s’est montré innovant dans la forme, il s’est révélé moins pertinent dans son intrigue. Plus récemment encore, on peut citer Host (2020), moyen métrage horrifique mettant en scène une séance de spiritisme entre amis réalisée depuis Zoom. 


Conclusion : la teen horror en quête de maturité

L’ensemble du cinéma d’horreur américain tend à s’intellectualiser en dépassant les codes du genre, en approfondissant la psychologie des personnages ou en se politisant davantage. Avec des films tels que Donnie Darko, le teen horror movie a su s’extirper du slasher et de ses stéréotypes. L’adolescent est davantage pris au sérieux et représenté dans toute sa complexité.

Les problématiques adolescentes évoluent et leur traitement cinématographique avec, comme par exemple la sexualité ou le genre. En effet, parmi les teen horror movies les plus marquants de ces-dernières années, on peut citer It follows qui met en scène des adolescents victimes d’un MST : un monstre sexuellement transmissible, troublant dans son genre puisqu’il peut prendre n’importe quelle apparence, homme ou femme, il est définitivement queer. Alors que beaucoup de critiques ont vu en ce film une allégorie du SIDA sexophobe, David Church va à contrecourant dans son essai “Queer Ethic, Urban Spaces and the Horrors of Monogamy in it Follows” et affirme qu’en réalité, ce film encourage les adolescents à développer et explorer leurs sexualités avec des partenaires multiples. 

Le teen horror movie n’a eu de cesse d’évoluer au cours des dernières décennies, lui-même en perpétuelle mutation, tout comme les différentes jeunesses dont il a tenté de cristalliser les craintes et les identités. Et si vous ne vous rappelez plus de l’adolescent que vous étiez, votre teen horror movie, lui s’en rappellera pour vous.

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Spécialité(s) :

JDR, Histoire, Littérature, Sociologie

Professeure en lettres et histoire, passionnée de jeux et de fromages.

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