5 Oct, 2022

Dans le cercle très fermé des mélanges de genre réussi, peu arrivent à se faire une place, tant il faut la mériter. En effet, il ne s’agit pas de simplement prendre deux figures opposés de la littérature pour qu’elles cohabitent ensuite d’elles-mêmes. Obtenir une lecture homogène, agréable, marquante, n’est pas une chose aisée, et peu d’auteurs et autrices peuvent se vanter d’avoir su offrir un récit allant au-delà du « cocktail de genres ».

Pourtant, durant le mois de septembre 2020, une pépite de ce genre est arrivé par la porte de la maison d’édition Albin Michel Imaginaire, de la plume d’une autrice dont je ne connaissais rien et pour cause : Emilie Querbalec, à la carrière naissante, n’aura pour l’instant fait éclore que deux romans et quelques nouvelles. Avec Quitter Les Monts D’Automne, elle offre pourtant un récit mélangeant avec une aisance rare la beauté onirique d’un conte initiatique japonais et la froideur métallique d’un voyage aux confins de l’espace.

Ce roman de 440 pages narre donc l’histoire de la jeune Kaori, jeune femme destinée à devenir conteuse, confiné dans les recoins de ses Monts d’Automne. Dans un univers où l’écriture est désormais interdite, seule la mémoire et le « Dit » permettent de faire vivre l’histoire de l’humanité. Mais malheureusement pour Kaori, elle se retrouve, au prix d’évènements tragiques, en la possession d’un mystérieux rouleau contenant des écrits cryptiques. Il ne reste alors plus d’autre choix pour cette jeune conteuse que de quitter ses précieux monts pour se lancer dans une aventure qui pourrait bien dépasser tout ce qu’elle imaginait. Une aventure qui la fera rencontrer divers personnages, et qui l’emmènera en des lieux lointains, bien au dessus des arbres et des hautes cités de Parvané, la capitale de sa planète, et première étape de son épopée.

Cette aventure, brillamment rythmée, n’est jamais cassée que par quelques longueurs résiduelles, au profit souvent d’un point de vue introspectif qui pourrait en rebuter certains. Et pourtant, c’est bel bien grâce à cette plongée dans les yeux de Kaori que l’on appréciera au mieux son évolution psychologique et culturelle. D’abord jeune paysanne modelée par ses croyances populaires, elle gagne rapidement en épaisseur, passant de victime à clé de voûte d’une épopée à l’ampleur inimaginable.

Elle mûrit doucement mais sûrement,et si l’on pourrait qualifier parfois le personnage d’impassible, il faudrait avant tout garder en tête les tribulations mentales du personnage, qui n’ont de cesse que de dévoiler les affres d’un passé douloureux et d’un avenir brumeux. L’esprit et la culture japonaise transpire de part et d’autre, donnant une saveur moins « technophile »que beaucoup de récits SF, et plus spirituel, plus humaine. Bien sûr, la technologie est présente, mais dans une dose justement loin d’être boulimique, nous évitant toutes les redites du genre et ses superlatifs scientifiques. L’âme est le point clé du récit, ainsi que la beauté de l’art dans sa forme la plus brut.

On ne se lasse pas une seconde, tant la plume de Querbalec oscille gracieusement entre pure poésie, et érotisme langoureux et on n’accuserait presque un soupir mélancolique de lâcher la dernière page. En espérant vite revenir au cœur de ces Monts d’Automne.

Le roman est commandable sur le site de Albin Michel Imaginaire juste ici

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Littérature SFFF, Jeux Vidéos, Cinéma, Mangas,Comics, Cinéma

Amateur de littérature fantastique du XXème siècle comme de mangas cyberpunk. Photographe par passion, lecteur de comics, cinéphile en herbe et grand buveur de café.

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