11 Août, 2020

Pendant le confinement, à défaut de pouvoir s’évader de chez lui, le fan d’escape game pourra toujours s’initier aux plaisirs des « escape book » ! Ces livres reprennent le concept des escape game en vous proposant des aventures diverses et variées, riches en énigmes. A distance, nous avons pu interviewer Nicolas Trenti, auteur de la collection « Escape game » chez Larousse. Il nous révèle les coulisses de son métier. De quoi vous donner envie de vous mettre vous-aussi au escape book, en tant que lecteur ou… créateur !

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots? 

Je m’appelle Nicolas Trenti, je suis né au début des années 80 et je suis passionné depuis mon enfance par les énigmes et la littérature policière. J’ai suivi une formation d’ingénieur en me spécialisant dans les métiers du web. J’ai découvert il y a plusieurs années, lors de leur arrivée en France, les premières salles d’Escape Game.

 

Comment devient-on auteur de livre d’escape game ?

Après avoir testé différentes salles, j’ai eu envie de concilier mon goût pour la littérature avec cette nouvelle forme de jeu. J’ai donc essayé de développer une mécanique qui permet, selon moi, de retranscrire au mieux, dans un livre, les sensations d’un véritable Escape Game. Après quelques tâtonnements et plusieurs tests par des amis, j’ai décidé de soumettre le projet à des éditeurs, en commençant par Larousse, qui m’a tout de suite répondu positivement. Tout s’est passé très vite ensuite. J’avais déjà écrit deux tomes, sur lesquels mon éditeur m’a proposé des ajustements. On a retravaillé certains aspects ensemble pour améliorer la mécanique de jeu et la narration et les premiers Escape Game de poche sont sortis en juin 2018.

 

Le métier d’auteur d’escape game est-il aussi amusant qu’on peut se l’imaginer? 

C’est un plaisir avant tout. Inventer de nouvelles intrigues et de nouvelles énigmes me permet de m’évader et d’oublier les petits tracas du quotidien. Le seul défi, c’est de réussir à se renouveler à chaque fois. Il existe aujourd’hui de plus en plus de livres d’Escape Game, il faut donc parvenir à trouver des thématiques originales et de nouveaux modes de jeu pour surprendre le lecteur.

« Je suis un geek dans l’âme »

Quelles sont les qualités pour être un bon auteur d’escape game? 

Je dirais qu’il faut réussir à faire preuve à la fois d’imagination et de rigueur, pour mettre au point des énigmes originales et travaillées, qui exploitent au mieux le thème retenu et favorisent l’immersion du lecteur dans l’aventure. Et toujours garder en ligne de mire le plaisir ludique des joueurs : inutile de verser dans la surenchère au niveau de la complexité des énigmes.

 

Quelles sont vos sources d’inspiration ? 

Je puise l’inspiration dans les thématiques qui me passionnent personnellement. Comme je suis un grand amateur de littérature policière, j’ai naturellement proposé à mon éditeur des titres axés polar, avec Dans les griffes de la mafia et Meurtre au Manoir. Mon goût pour les nouvelles technologies est à l’origine de Traque sur le web, une aventure au cours de laquelle le lecteur doit surfer sur des faux sites Internet que j’ai créés pour l’occasion pour réussir à déjouer les plans d’un hacker. Et c’est mon penchant pour les histoires mettant en jeu des paradoxes temporels, façon Retour vers le futur, qui m’a poussé à écrire Dédale temporel. Je suis un geek dans l’âme, donc j’affectionne également la science-fiction, le fantastique, les séries télé, l’informatique, les jeux de société… Mega Game, qui s’adresse à un public plus jeune (à partir de 11 ans), explore par exemple les jeux vidéos des années 90. Un autre, Piégé à Arkham, s’intéresse à l’univers de Lovecraft.

« Je suis un grand fan des vieux jeux vidéo d’aventure de la fin des années 80 »

On imagine que vous devez vous-même être fan d’Escape game. Faites-vous beaucoup d’escape game en salle?

Beaucoup, non. Je dirais que j’ai dû tester une dizaine de salles, ce qui reste relativement peu par rapport à certains joueurs.

 

Comparé à la concurrence, vos “escape book” sont ceux où l’on retrouve le plus les codes et sensations des escape game en salles (notamment par la fouille de pièces, la manipulation d’objets…). Cela a-t-il été difficile à mettre en place?

Ravi que vous ayez eu ce ressenti ! Effectivement, j’ai passé pas mal de temps à mettre au point une mécanique de jeu qui permette de respecter les trois grandes composantes d’un Escape Game en salle : la fouille, la réflexion et la manipulation. Le système d’objets à associer me paraissait une bonne piste pour traduire ce dernier aspect. Il me semblait aussi essentiel qu’on puisse retrouver la liberté d’action qu’on ressent quand on découvre une salle. Je voulais que l’on puisse entreprendre les actions dans l’ordre qu’on le souhaite, et donc qu’on ne soit pas bridé par une narration stricte qui oblige à enchaîner les énigmes les unes après les autres d’une manière un peu artificielle.

 

Vos ouvrages se veulent à la croisée des chemins entre “Les livres dont vous êtes le héros” et les jeux vidéo Point’n’click. Etes-vous vous-même un roliste, un gamer ou du moins nostalgique de ces formes de jeux?

Je suis un grand fan des vieux jeux vidéo d’aventure de la fin des années 80 / début des années 90, notamment les grands classiques signés Sierra On-Line et LucasArts (Monkey Island, Indiana Jones, Maniac Mansion…), qui se basaient sur ces interfaces de type Point’n’Click. Je pouvais y passer des heures. Il y avait toujours beaucoup d’humour, des énigmes travaillées, parfois même des enchaînements d’actions un peu tordus… C’était les ancêtres des Escape Game actuels. Côté littérature, Les Livres dont vous êtes le héros ont également bercé mon enfance et mon adolescence, tout comme les enquêtes de la série de jeux Sherlock Holmes Détective Conseil, à l’époque édités chez Descartes.

« L’idée d’ajouter la possibilité de jouer avec son smartphone m’est venu très naturellement »

Avez-vous une méthode de travail précise?

Pour moi, le point de départ, c’est toujours une thématique générale, déterminée en concertation avec mon éditeur. Je passe ensuite pas mal de temps pour mettre au point les énigmes, trouver des associations d’objets qui collent avec le thème, des puzzles visuels cohérents avec l’environnement dans lequel le lecteur évolue. Une fois que j’ai tous ces éléments, je construis le plan général de l’intrigue, la succession d’actions qui permettra d’aboutir à la conclusion. Bref, je commence par écrire la solution qui figurera à la fin du livre. Ensuite seulement, je passe à l’écriture à proprement parler : l’introduction, la description des salles et l’ensemble des actions envisageables, grâce à un tableur magique qui génère la totalité des combinaisons possibles.

 

L’idée de pouvoir jouer avec un smartphone en parallèle de sa lecture est super et modernise le concept de livre-jeu !

Comme je travaille dans le web, ça m’est venu très naturellement quand j’ai mis au point la mécanique de jeu. Le site Internet constitue un prolongement naturel du système de décodeur mis en place dans le livre et fluidifie encore le jeu. Il ouvre aussi la porte à des parties en équipe, un joueur pouvant explorer les combinaisons sur le livre et l’autre sur son téléphone.

 

Combien de temps faut-il pour créer un volume d’Escape Game ?

Plusieurs mois, mais c’est très difficile à évaluer précisément, car les énigmes peuvent venir en tête un peu n’importe quand. Je stocke sur un carnet les idées de puzzles au fur et à mesure et lorsque j’écris un nouveau tome, je puise dans cette réserve d’idées. Au final, la conception de l’intrigue prend bien plus de plus de temps que l’écriture en elle-même.

« Les meilleures idées d’énigmes viennent de petits moments du quotidien »

Le jeu est-il testé avant sa publication?

Oui, je fais toujours tester les livres par différentes personnes, plus ou moins familières d’ailleurs avec les Escape Games, et qui vont y jouer avec ou sans le site Internet selon les cas. Ça me permet de vérifier la cohérence de l’intrigue, l’enchaînement des énigmes, de m’assurer de la difficulté des puzzles et de procéder aux ajustements nécessaires. Lorsque je suis satisfait du résultat, je remets le manuscrit à mon éditeur, qui fait également plusieurs séries de tests de son côté.

 

Aujourd’hui, êtes-vous auteur à plein temps ou conservez-vous une activité à côté?

Je travaille à plein temps dans le web et je consacre une grande partie de mon temps libre à l’écriture.

 

Ne se met-on pas à voir des codes, énigmes ou crimes partout quand on est auteur d’escape game? 

C’est vrai, quand on passe pas mal de temps à réfléchir sur des Escape Games, le cerveau reste toujours à l’affût d’une nouvelle idée. C’est pendant ces petits moments du quotidien que s’inventent les meilleures énigmes !

 

Propos recueillis par Marie Carbonnier

Un grand merci à Nicolas Trenti et aux éditions Larousse

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Spécialité(s) :

Tourisme, séries, cinéma, manga, animation, littérature, expositions...

Cinéphile, sérivore, bibliophile et passionnée de photographie, Marie Carbonnier aime suivre l'actualité des expositions ou événements geek-friendly. Globe-trotteuse et passionnée du Japon, elle s'occupe de la rubrique tourisme du magazine Geek et écrit également pour le magazine Coyote.

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