4 Déc, 2021

Quand un auteur initie sur les réseaux des combats de personnages célèbres dans l'espace inter-iconique de la BD mondiale !

Ça va castagner sec,  les coins des cases et les bulles vont voler bas avec le défi lancé par Thierry Martin autour des combats célèbres dans l’espace inter-iconique de la BD mondiale !

L’univers des challenges sur le net a l’avantage d’être autant un bon défouloir pour sortir le dessinateur(trice) de la solitude de sa planche que de faire découvrir par l’humour des coups de plume qui nous étaient jusque là inconnus !

La cloche sonne déjà la reprise, il est temps de passer à l’action …

Plus qu’un simple défoulement de violence, le fond d’un tel projet apparait bien plus riche qu’il semble au premier abord et on peut dire que l’imagination des dessinateurs ayant affronter le sujet a été des plus prolifique.

Explications directes avec poings et pieds ou tout ce qui peut servir à donner des coups, règlements de comptes entre ennemis de toujours, affrontement entre rivaux, rencontres que tout oppose, craquages entre brutes épaisses ou combats politiquement engagés. Le fond est vaste et la forme percutante !

Petite explication de ce déchainement graphique par le créateur de ce fight club du neuvième art.

 

 

Geek Magazine : Comment en arrive-t-on à produire la plus grande baston du 9eme art !?

Thierry Martin : J’ai commencé à faire ça il y a 4-5 ans maintenant, ça m’est venu après être allé voir Batman contre Superman. Le film ne m’a pas emballé mais en sortant je me suis fait cette réflexion : c’est drôle, dans les comics il y a toujours des « couples » qui sont amis mais à un moment ou à un autre, ils se battent entre eux et après ils redeviennent amis ou alors ils se battent puis ils deviennent amis. Et moi dans la franco-belge, je pensais à Tintin et Haddock, Spirou et Fantasio, Johan et Pirlouit et je me suis dit, c’est drôle parce que je n’ai pas souvenir de les avoir, eux, vu se battre. Et je me suis dit que quand on a des amitiés qui durent aussi longtemps, ils ont dû se battre au moins une fois, ce n’est pas possible. Surtout que les mecs ce sont des aventuriers, des bagarreurs. Et je me dis, peut-être que ça s’est passé dans ce fameux petit espace inter-iconique et que personne ne sait et que c’est leur propre histoire. Et donc j’avais commencé à faire ces dessins-là. Le premier avec Tintin et Haddock et au moment où j’ai fait ce dessin, je me rends compte si l’idée est très percutante !

Je l’ai ensuite mis en ligne avec les risques que ça comportait d’utiliser Tintin en me disant, il se passera ce qu’il se passera, s’il faut, je le supprime et puis c’est terminé. Et en fait, j’ai eu des retours très drôles, juste sur Tintin et de là s’est enchaînée toute la série qui est sur la page. Il y a eu de tout comme retours, quelques éditeurs m’ont tourné autour sans aboutir sur rien, puis c’était resté un peu en stand-by. Et avec cette année 2020 qui est donc l’année de la Bande Décimée, il y a eu plein de promesses et puis finalement rien n’a été acté, on se dit qu’il y en a franchement marre et « Quand il y en a marre, y a Malabar » … et donc arrive l’idée de balancer ça sur la toile, et d’en faire un challenge pour stimuler tout ce petit monde !Geek Magazine : Mais d’abord, pourquoi un titre aussi compliqué des ‘combats dans l’espace inter iconique de la bande dessinée, du comics et du manga’ ?

Thierry Martin : S’il y en avait eu un plus simple, je l’aurais mis, et finalement, je trouve qu’il est assez drôle ! Parce que juste les combats célèbres, ça peut être juste pour la boxe ou plein d’autres trucs quoi. Et puis des combats iconiques dans la BD, j’aurais eu des Batman contre le Joker, des Batman contre Superman, des trucs connus quoi. L’espace inter-iconique, c’était important dans la démarche car je voulais vraiment des personnes qui ne se sont jamais battues ensemble. Après évidemment tu apprends que quelques-uns se sont battus dans tel ou tel bouquin, mais l’idée générale c’était ça.

En fait, ma première idée c’est que c’étaient des amis au départ et que ce moment de baston on ne l’a jamais vu, voilà le pourquoi de l’espace inter-iconique. Et après quand c’est devenu « global » tu as un personnage d’une série qui va se battre avec un autre. Je n’étais peut-être pas obligé de mettre un titre aussi long, mais bon, s’il y a un titre plus court, je prends (rire). J’ai tenté l’acronyme mais ce n’était pas terrible… il y en a qui sont partis sur les Fight Clubs de la Bande dessinée ça marche aussi, forcément.

 

Geek Magazine : Comment avez-vous définis les règles de ce challenge, Parce que dans le capharnaüm d’une bonne bagarre, y a-t-il vraiment des règles au final ?

Thierry Martin : A partir du moment où l’idée du challenge est arrivée, je me dis Fight Club, le film, le film les règles ! Je regarde les règles. Je les transpose, et je me demande si je vais y arriver parce qu’il fallait des règles qui soient simples, efficaces, qu’il n’y ait pas d’ambiguïté. Il y en a 8 en tout, les deux premières je les ai détournées pour le clin d’œil, « Il N’est PAS interdit de parler des combats célèbres », la cinquième est identique, un combat à la fois. Ce qui est important pour moi c’est la quatrième, « seulement la fraction de seconde suivant le coup doit être représentée », ce que beaucoup de personnes n’ont pas voulu trop respecter (rire).

L’intérêt c’est de montrer du mouvement sur une case, je pense que chaque auteur a sa définition de cette fraction de seconde. Ce qui est intéressant sur une case c’est qu’on se pose la question suivante : comment en sont-ils arrivés là ? Et si on fait travailler son imaginaire, cette question est réussie. L’idée aussi c’était que ça soit spontané pour le dessinateur et pas de le faire partir ni dans une page complète ni dans un strip, mais juste un dessin. La septième règle est quasi identique car c’est « La durée du dessin doit durer aussi longtemps qu’elle doit durer ». Bref, il y avait tout qui s’emboitait pour que ça se fasse. Et pour la dernière « C’est votre premier combat, défoncez-vous », et bien effectivement, il y en a quelques-uns qui se sont bien éclatés je trouve !

Geek Magazine : Ici nous ne sommes pas dans une expression de la violence gratuite, mais dans le décalage, le pastiche tel un One Punch Man où la question de l’issue du combat n’existe plus et où le lecteur attend avec impatience même la finalité/fatalité de l’affrontement. Au fond, comme l’énonce Fight Club, la bagarre ne serait-elle pas qu’un exutoire à nos frustrations et donc à celles de nos héros ?

Thierry Martin : Voir même celles de certains lecteurs… Je ne sais pas. En ce qui me concerne, parfois cela peut être juste le plaisir du dessin réussi. De trouver le bon mouvement, la bonne dynamique, ça ne vient pas aussi facilement que ça. Déjà ça et si on a une idée derrière et qu’elle est comprise tout de suite… en même temps parfois en tant que dessinateur, quand on dessine une bonne patate, on est content et ça nous a défoulé. Des fois on va faire un peu de sport et c’est encore mieux. Entre nous, je le dis et c’est important, j’exècre la violence hein ! des personnes qui se battent dans la rue devant moi, ça me met vraiment mal à l’aise en fait. A savoir que dans toutes les BD que j’ai faites, je n’avais jamais dessiné de violence comme ça donc c’est un peu un défouloir.

Et puis ce sont des dessins de bord de table en fait. Je ne sais pas si j’en aurais fait 200 pour le coup. C’est le décalage qui mène à une situation qui mène à une histoire. C’est ça qui est intéressant. Me demander de dessiner Batman contre Joker, je m’en fous en fait, car ça n’aurait rien apporté de plus. Il faut quand même que ce soit drôle en fait. Si c’est drôle, c’est bien. Il y en a quelques-uns que j’ai reçus qui étaient quand même assez violents, bon… et ceux qui étaient parfois un peu cul… mouais bof… on peut partir dans ce pastiche-là mais je n’ai pas envie en fait. Faut quand même qu’on reste anglais, tu vois, ça reste un sport noble.

Geek Magazine : A ton avis, ce genre de challenge qui est un peu graphique ou pas, qui est lancé sur internet, un peu collectif à la manière d’un Inktober ou ce genre de choses, qu’est-ce que ça exprime, la solitude du dessinateur face à la feuille blanche qui a besoin parfois de sortir de son cadre ou de se confronter à l’effervescence de la toile et à l’intelligence collective ?

Thierry Martin : Un peu des deux je pense. Un peu des deux je pense, participer à un truc qui est jubilatoire et ça c’est le côté génial d’internet, de participer tout de suite à un truc, de le montrer. C’est important, on fait aussi des dessins pour les montrer et les partager et avoir des retours rapides. On fait partie d’un tout, d’une communauté. Quand le Inktober était lancé, c’est un dessin par jour, moi je travaillais sur Dernier Souffle, c’est aussi un dessin par jour mais sur 250 jours, c’était autre chose, je cherchais autre chose. Après les trucs courts comme ça, s’il y a l’idée, s’il y a l’envie, oui, je le fais sans problème. J’adore expérimenter, quand j’arrête de dessiner, c’est pour dessiner autre chose en fait. Moi le dessin, j’adore ça, quand je ne dessine pas, ça ne va pas. Donc si je peux faire autre chose à côté, je dessine des mois sur un album sans souci et il y a des choses que j’ai du mal à faire, donc j’essaie plein de trucs, parfois juste des expériences graphiques et ça finit toujours par enrichir mon travail.

Geek Magazine : C’est un peu l’avantage de ce genre d’exercice, de ce genre de ping-pong graphique, c’est qu’on découvre des gens, des traits et on se dit tiens, il fait quoi lui ?

Thierry Martin : Ce défi, ça a super bien marché parce que c’était très court. Et puis ce sont des trucs sur lesquels il n’y a pas de rémunération donc il ne fallait pas accaparer le temps des uns et des autres… Car sur le principe, je ne veux pas gagner d’argent dessus, ça ne m’intéresse pas du tout et je veux que personne en gagne d’ailleurs mais s’il doit y avoir de l’argent, que ce soit pour mieux le montrer, mieux l’exposer. Ce que j’ai essayé de faire avec ça c’était de nommer les personnes, de les taguer pour qu’on puisse aller après sur leurs travaux en fait. Si ça permet à certaines personnes de découvrir le travail de certains auteurs. Il y en a quelques-uns que je ne connaissais pas et c’était une bonne surprise. Il y en a un je ne sais pas ce qu’il fait, il s’appelle Abdel Zouillac qui a dessiné un personnage de Zep qui met un coup de pied là où il faut à Blueberry, en noir et blanc, il a un super trait. L’attitude, le personnage, tout, je ne connaissais pas, c’était une bonne surprise. J’ai des idées de challenge en préparation mais je ne veux pas trop en dévoiler. A suivre…

Tout est à suivre sur Facebook sur la page de Thierry Martin et sur Instagram (https://www.instagram.com/lescombatscelebres/).
Un album a été créé sur le compte de l’initiateur de ce combat des chefs mais d’autres hommages circulent ailleurs. Le mieux est d’utiliser le hashtag #Lescombatscelebresdanslespaceintericonique pour voir tout ça, mais gare à toi, les mandales volent bas par là-bas !

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Spécialité(s) :

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