18 Déc, 2018

Le roman de Margaret Atwood refait son apparition dans les mains des passagers des transports en commun... ``Béni soit le fruit``, TF1 séries diffuse tous les dimanches soir la saison 1 de The handmaid’s tale. Pour ceux qui seraient passés à côté jusqu’alors, c’est l’occasion de découvrir enfin cette dystopie aussi glaçante que fascinante et, pour les autres, de la revoir ``sous un œil`` peut-être neuf .

Si son succès tient naturellement à la qualité scénaristique et à l’interprétation d’Elizabeth Moss, l’addiction à cette fiction tient aussi pour beaucoup à son iconographie, au fait que l’horreur dépeinte n’a d’égale que la beauté photographique de la série. Personnage à part entière, la lumière inonde régulièrement les scènes les plus sombres. Telle la martyre d’une toile préraphaélite ou le personnage d’un tableau de Vermeer, la silhouette de June/Defred nous apparait régulièrement dans un écrin de lumière, notamment devant la fenêtre de sa chambre. Pour la servante, prisonnière à la fois de la maison des Waterford et de sa caste, l’intrusion cette lumière éblouissante dans la sombre demeure renforce judicieusement la sensation d’enfermement. La dichotomie entre le monde noir dépeint et cette lumière voluptueuse ne rend le spectacle que plus troublant, car mêlant laideur et beauté en permanence.

Interrogé à ce sujet, le directeur de la photographie Colin Watkinson admet avoir beaucoup travaillé dessus :

« Je voulais une lumière volumétrique et texturée, que le spectateur sente que la lumière vient de l’extérieur. J’ai utilisé le DF50 (NB : une machine à brouillard) pour créer beaucoup d’atmosphère dans l’air, avec des faisceaux qui créent une ligne nette et s’estompent ensuite. Le rendu relève à la fois de la réalité et de l’hyperréalisme »

Il y a aussi un énorme travail sur les couleurs. Le ballet des robes rouges des servantes, toujours savamment chorégraphié, hypnotise et envoûte la pupille. Les ralentis ou gros plans sur les robes ou capes qui volent au vent rendent ces uniformes, pourtant symbole d’oppression, étrangement entêtants et envoûtants. Une imagerie qui a d’ailleurs réussi à tant impacter les spectateurs qu’en 2017, des militantes américaines ont décidé de défiler en costumes de servantes devant le Capitole. Elles protestaient contre des réformes du système santé impactant sur les droits des femmes.

Le code couleur imaginé par Margaret Atwood

Un hommage qui a ému Ane Crabtree, la costumière de la série. Elle déclare néanmoins n’avoir fait que suivre le code couleur imaginé par Margaret Atwood, l’auteur du roman éponyme dont est tiré la série. Un code qui met bien en valeur le système de castes de Gilead. “Le noir pour les Commandeurs, décrypte-t-elle. Parce qu’ils sont les plus puissants dans ce monde, et d’une certaine façon, ils sont l’absence de couleur. Ils absorbent la lumière, ils écrasent les autres couleurs.” 

Le choix du rouge pour les servantes n’est pas anodin non plus. Il renvoie à leur fertilité, au sang des règles. Dans le symbolisme, le rouge a à la fois une signification positive (amour, passion, chaleur et sexualité…), mais il est aussi associé à la colère, à l’Enfer ou encore à la luxure. D’après Bettelheim, qui s’était penché sur la psychologie des contes de fées, le petit chaperon rouge symbolisait lui-même le cycle menstruel et selon lui, l’histoire était avant tout celle d’une petite fille quittant l’enfance. Au final, le conte serait une mise en garde contre les dangers du monde et notamment les galants malintentionnés, symbolisés par le loup.

Spoiler Saison 2

(Allez au paragraphe suivant, si vous souhaitez ne rien savoir)

Clin d’œil au conte ? Dans la saison 2 de The Handmaid’s Tales, une scène mettra June face à face avec un loup noir, elle-aussi. Sur internet, les fans ont beaucoup débattu sur la signification de ce loup noir solitaire, considéré tour à tour comme un symbole de liberté et de l’instinct de survie de June pour les uns, mais aussi pour les autres de mort, de danger et d’impossibilité à échapper aux griffes du commandant Waterford, vêtu de noir comme ce loup. Au début du roman Le dernier homme, Margaret Atwood a écrit: “Toutes les histoires mettent en scène des loups : échapper au loup, combattre les loups, capturer les loups, apprivoiser des loups, être jeté en pâture aux loups ou jeter les autres en pâture aux loups pour qu’un autre soit dévoré à votre place, devenir un loup… Il n’existe aucune autre histoire décente“. Quel tour prendra celle de June ?

Fin du spoiler saison 2

Autre symbole récurrent : en arrière-plan de nombreuses scènes, on voit des victimes de pendaison. Même s’il ne s’agit pas de pendus renversés comme la fameuse carte du tarot de Marseille, il n’est pas inintéressant de connaître quelques-unes des significations du célèbre arcane : Il est le symbole de la soumission de l’homme à son environnement, du malheur, de l’impuissance, ou encore d’un choix à faire, peut-être à l’instar de celui, terrible, qu’a fait la société de Gilead ? Quant au spectateur, il lui appartiendra aussi d’en faire un, celui de regarder ou non cette série, au risque d’y devenir totalement accro et de se mettre lui-aussi à l’étudier sous toutes ses formes. Sous son œil, on vous aura prévenu…

Photos : ©Hulu

Pour ceux qui voudraient aller plus loin, voici des liens vers le livre et le coffret de la saison 1. En attendant la suite…

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Cinéphile, sérivore, bibliophile et passionnée de photographie, Marie Carbonnier aime suivre l'actualité des expositions ou événements geek-friendly. Globe-trotteuse et passionnée du Japon, elle s'occupe de la rubrique tourisme du magazine Geek et écrit également pour le magazine Coyote.

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