27 Jan, 2022

Neverland d'Andrew Kolb est un setting, c'est-à-dire un cadre de jeu, en anglais pour la 5éme édition de Donjons & Dragons. Il possède une originalité très forte, assez éloignée des productions habituelles. Ici on nous propose une visite sur l'île de Peter Pan, quelques années après la venue de Wendy et ses frères, pour un programme alléchant. Donjons, sombres secrets et magouilles en tous genres sous de beaux sourires sont au rendez-vous!

Un beau livre!

Déjà le livre est tout simplement beau, la maquette, la mise en page, la police de caractère, tout est fait pour nous séduire (enfin sauf si vous détestez le vert…). Ajoutez à cela que l’auteur est aussi illustrateur professionnel de livres pour enfants (enfin sauf si vous n’appréciez pas son style légèrement anguleux qui n’est pas sans nous rappeler celui du Grümph) et vous obtenez un bien bel objet (enfin sauf si rien du tout, c’est un sacré beau livre non de non) !

Toutefois vous me direz qu’un bel habit ne fait pas un bon moine. Vous aurez raison. De bien beaux livres qui offraient de fades, médiocres et décevants jdr, ça ne serait pas une première. Respirez, soufflez, oubliez vos vieux traumatismes. Si Neverland n’est pas parfait, il est aux antipodes de l’insipide, car il est inspiré et inspirant! Ha! J’oubliais, la couverture fait son petit effet elle aussi, lettrines noires, dorures, fonds vert, elle nous évoque judicieusement les livres de l’époque et nous offre à elle seule une invitation aux rêves.

Bien rempli!

La structure du livre et sa mise en page le rende ergonomique et efficace. Les informations générales ouvrent la danse, c’est pratique on accède tout de suite à l’ambiance et aux mécaniques de règles propres à Neverland. Nous sommes face à une introduction qui ne prend pas 10 pages à nous expliquer ce qu’est le jeu de rôle en général, mais ce qu’est ce jeu de rôle en particulier avec ses thèmes, ses temporalités et ses spécificités.

Etonnamment le bestiaire lui succède et encore plus étonnamment ça passe très bien! Nous avons plus la sensation d’une présentation du casting des personnages non joueurs de l’île que d’un défilé de sac de frappe pour aventuriers! Et ça couvre du Flying Fenec à Peter Pan, en passant par le Dogger-Toothed Tiger ou The Crocodile!

S’enchaine le gros morceau, qui exploite en trois chapitres la belle carte à hexagone, les décrivant un par un et abordant tout ce que contient l’île! Les donjons tous plus barrés les uns que les autres, le “niveau mystère caché”, des tables aléatoires imaginatives uniques pour chaque zone! C’est de la folie. Là on prend soudain conscience que ce n’est pas un petit setting à explorer. Non c’est un cadre de jeu hallucinant dans lequel une campagne en années est envisageable!

Pour finir en beauté le livre se conclut sur un chapitre fourre-tout regroupant les Contes de Neverland, l’artbook, des pré-tirés… que du bonheur.

Les imperfections!

Pourtant, histoire de pondérer mon envolée lyrique élogieuse, attaquons nous à ses quelques défauts. Premièrement, pour beaucoup de passages il vous faudra de bons yeux, la typo est souvent mal adaptée aux plus de quarante ans, équipez-vous de vos loupes. Deuxièmement, le système de Donjons & Dragons 5éme a été mal utilisé dans les blocs de statistiques des créatures et tout ça n’est pas très bien équilibré. Il n’y a rien d’irrémédiable, mais c’est toujours un peu énervant et ça prend un peu de temps à corriger. Enfin il faut souligner le choix de l’auteur d’enlever la présence des indiens de l’île et de les remplacer par les Tylwyth Teg, étranges arbres humanoïdes à l’origine mystérieuse.

Pour le reste nous sommes face à 180 pages de contes de fées aux tons sombres. Nous sommes loin du Peter Pan guilleret et sympathique de Disney. Tout le monde à ses petits secrets et aucun n’est très reluisant. Par exemple, pour vous donner un avant-goût, dévoilons que les sirènes sous leurs airs de gentilles gourgandines chantantes sont de dangereuses receleuses en cheville avec les pirates morts-vivants. C’est ainsi toute l’île du Pays Imaginaire qui est cartographiée en 24 hexagones, tous explorables, tous avec leurs particularités. Pour chaque lieu vous est fourni des tables spécifiques de créatures, de PNJ, d’événements spécifiques à l’endroit et d’exploration. Ajoutez à cela le pays des Fées et de nombreux donjons très imaginatifs et surprenants (le ventre du crocodile géant, le nid d’oiseaux, la tour enterrée, le crâne du géant…) et vous serez occupés très longtemps.

En conclusion!

On apprécie aussi la créativité d’un bestiaire inventé pour l’occasion. Le destin tragique de Wendy Darling et ses frères. Les secrets des nuages, du cadran solaire, du Jolly Roger… et l’insupportable tête à claques de Peter Pan. Tout ce petit monde est relié et donne un sentiment de grande cohérence à l’île. Neverland est indéniablement un très bon bac à sable de grande taille, offrant des heures de jeux, d’exploration et d’aventures entre émerveillements, forfaitures et petites frayeurs. Toutefois, comme tout bon bac à sable, il va vous falloir travailler pour vous approprier toute cette richesse. Neverland n’est pas un plug and play, mais c’est un incontournable pour les amoureux de Donjons & Dragons et les collectionneurs de beaux jdr originaux.

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Spécialité(s) :

Jdr, youtuberies, trucs et machins!

Dresseur de fourmis. Fondateur de l'Ordre du Saint Mont d'Or. Sculpteur sur glace vanille chocolat.

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